Destination « Jeûne »

Destination « Jeûne »
19 novembre 2018 Cécile Hamet

Cinq mois après mon premier jeûne sec, quel est le chemin parcouru ? Où en suis-je et quelles leçons puis-je tirer ? Comment a évolué la place laissée au jeûne dans mon quotidien ?

10 juin 2018 : Le déclic…

Depuis ma « grâce du jeûne sec » au mois de juin, de l’eau a coulé sous les ponts… Ha ha ha !

Oui, pour rappel : c’est le 10 juin 2018 que j’entreprends mon premier jeûne sec. Trente-six heures dont découle une importante prise de conscience. « Importante », le mot est faible puisque je le vis comme une « grâce ».

C’est donc en réalité un véritable déclic. Dans mon être a soudain raisonné la compréhension profonde de ce que j’avais déjà entendu à propos du jeûne : oui, mon corps est vivant et je peux lui faire confiance pour retrouver le chemin de la pleine pleine pleine forme ! Youpi !

Gonflée à bloc par la profondeur de ce ressenti et par la « foi dans la vie » qui en émanait, j’ai fait en sorte que le jeûne fasse partie de mon hygiène quotidienne. Il allait me permettre d’établir un équilibre sur tous les niveaux.
Oui.
Alors concrètement ? Comment s’est transformé l’essai ?
Pendant ces cinq mois, j’ai expérimenté différents rythmes et durées. J’ai parcouru un petit bout de chemin qui me semble déjà intéressant de partager (même si le temps que je mets à rédiger cet article peut me faire douter… ;))

Juin-Juillet : …se transforme en pratique

Au tout début, comme c’était possible, j’ai commencé en introduisant de 24 à 48 heures de jeûne sec chaque semaine. Très rapidement, j’ai eu dans le viseur un objectif plus ambitieux : 5 jours consécutifs, ça serait pour 2019. Les courtes sessions hebdomadaires avaient donc pour but de m’y préparer. Dans cette optique, j’ai calé une plage de quatre jours au mois de juillet, pour me donner un point de comparaison.

Globalement, à ce moment là, ce que je commence à observer, c’est que chaque jeûne est différent. Il dépend de ma condition mentale, physique, de la météo, de la motivation etc. Ainsi les ressentis émotionnels, l’énergie disponible, l’activité physique possible, la disponibilité aux autres, les sensations de soif, de faim fluctuent énormément. Et même si l’expérience, l’aplomb et la confiance augmentent, je suis à chaque fois surprise par l’importance de ces différences.

De la même manière, chaque période de reprise alimentaire est différente. Extrêmement différent ! En gros, je ne trouve pas que le jeûne soit en soi le moment le plus agréable et jusque là c’est plutôt au moment de la reprise alimentaire que je constate tout ce qui a « bougé » à l’intérieur. Comportement alimentaire, appréhension de la vie, énergie et fatigue, humeurs et pensées, je suis à chaque fois traversée par des états très forts et contrastés aussi bien dans leur intensité et que dans leur diversité.

Comme cela a lieu chaque semaine autant dire que j’étais bien secouée entre juin et juillet !

Première exploration

J’étais aux anges quand je suis arrivée au moment tant attendu pour explorer quatre jours de jeûne sec. Mi-juillet de cette année, il faisait archi-chaud ! J’ai commencé le jeûne pleine de volonté et d’enthousiasme. Le troisième jour a vraiment été coton : l’envie de boire s’est intensifiée, j’ai commencé à avoir des douleurs, et franchement intérieurement je me sentais centrée mais alors extérieurement, je ressemblais à un zombie ! Hi hi !

Comme l’objectif est avant tout de me faire du bien, je n’ai pas cherché à pousser plus. Ainsi, à trois jours et demi, j’ai commencé à me réhydrater. Avec le recul, je constate que j’ai légèrement dépassé ma limite. Lors des jeûnes précédents, au moment de rompre je me sentais plutôt distante de l’eau. Quand j’en reprenais, j’étais surprise d’observer « Ah tiens, en fait, je n’ai pas vraiment soif » et je pouvais prendre 20 minutes à déguster mon verre. Or là, j’ai eu besoin de sentir de grands volumes dans ma bouche et de descendre rapidement près d’un litre. Alors ça n’a pas été catastrophique puisque je suis là pour en témoigner ! Ça fait simplement partie de l’apprentissage que je suis en train de vivre : écouter et comprendre les messages du corps. Être à l’écoute c’est déjà bien, comprendre et agir en fonction, c’est encore mieux ! Et « agir en fonction » demande d’accepter de voir, de lire, d’entendre les limites du corps et de les respecter. Tout un programme, n’est-ce pas ?

Donc, j’ai légèrement dépassé la limite. Quelle conséquence ? Un temps de récupération plus long et je suis certainement passée à côté de certains bienfaits…

À l’issue de ce premier test, je me suis formulée l’objectif suivant : sentir cette fameuse limite approcher et l’effleurer sans la pousser. Et je n’en reviens pas de constater à quel point cette notion est transcendante. On parle bien de nos limites : de les entendre et de les respecter. Ça s’applique absolument partout… et si on n’arrive pas à commencer par soi-même alors pas étonnant qu’on ne puisse pas les communiquer aux autres.

De nouvelles bases

Au cours de ce premier mois et demi d’explorations, j’ai introduit de nouveau et sans vraiment m’en apercevoir le jeûne intermittent, mais cette fois-ci dans sa version sèche et dans une version souple, c’est à dire : quand j’en ai envie.

Pour mémoire, j’avais exploré le jeûne intermittent en 2016 sans réussir à l’ancrer dans mes habitudes sur le long terme. Avec quelques regrets j’avais conclu que ce n’était pas pour moi. Avec le recul, je pense que c’est parce que je buvais pendant la matinée et ça entretenait une frilosité ainsi qu’une sensation de creux à l’estomac bien désagréable.

Première conclusion

À l’issue de ces 45 premiers jours d’introduction au jeûne sec le bilan était mitigé : je me sentais lessivée et instable, j’étais éprouvée et en même temps je me sentais bien, sereine, forte, alignée, comme à l’aube d’une nouvelle vie. Par contre, par rapport au système digestif, j’étais très peinée et déstabilisée de ne pas constater autant d’amélioration que dans d’autres domaines. Ces premiers efforts ne suffisaient visiblement pas… J’avais besoin de reprendre la médication pour pouvoir partir en congés l’esprit tranquille. J’analysais cette situation en me disant que quelques jours de jeûne ne pouvaient pas à eux seuls régler des années de déséquilibres, d’inflammation etc. Quelque chose semblait donc inabouti. Ça n’était donc pas la fin de l’histoire !

Fin juillet-début août : Une pause salvatrice

Je suis partie pour quinze jours de congés qui s’annonçaient festifs. Mis à part quelques exceptions et à ma grande surprise, je jeûnais sec « naturellement » tous les matins sans aucune difficulté ni physique ni sociale. En dehors de ces matinées, je me délectais de tout ce qui m’était offert de manger.

Mi-août-Mi-octobre

Quelle reprise ?

En rentrant de ces vacances, mon premier besoin a été de me mettre à la diète. Je me sentais légèrement alourdie à tous les niveaux par le faste des quinze jours ! J’ai donc jeûné sans difficulté et même avec plaisir pendant environ 48 heures.

Un nouveau rythme s’est alors installé tout naturellement : de mi-août à mi-septembre j’ai jeûné 48 heures toutes les 2 semaines. Par ailleurs, le jeûne sec du matin s’est effectivement installé dans mes habitudes.

L’étape suivante a été de tester le mode « warrior » (1 repas par jour). Étape très contrastée par des week-end entre amis où je me laissais aller à des envies d’excès.

Digression : un exemple de changement
Et c’est bien de cela donc je souhaite parler. Oui, ce chemin d’accueil bienveillant vis à vis de moi-même, à chacune de ces étapes. Je tiens à en parler parce que c’est assez nouveau pour moi. J’ai l’impression de voir mon objectif (et d’être certaine qu’il est possible pour moi de l’atteindre) : une santé de fer, une vitalité de dingue, sans m’imposer la manière dont ça doit arriver, comme par exemple manger telle ou telle chose ou pas celle-ci ni celle-là. Ainsi, l’espace de culpabilité par rapport à de potentiels « écarts » est limité.

Une sorte d’énorme TABULA RASA de tout ce que je pensais être bon ou mauvais est en cours. Je tiens aujourd’hui plus que jamais à rééduquer mon oreille intérieure, à maintenir l’ouverture et la curiosité au goût, aux envies.

Donc, pendant certains week-end, je sentais des envies d’excès, de sentir la limite et de la dépasser, oui consciemment. Il faut bien l’avouer. J’ai, par exemple, goûté à tous les pâtés fermiers que j’ai vu passer pendant un apéritif. De un, j’ai senti le moment où j’en prenais plus que ce que je pouvais supporter, ça c’est positif. De deux, j’ai consciemment dépassé la limite, pour vivre le « trop plein » j’imagine. De trois, j’ai passé une nuit effroyable. Et là, j’ai ressenti tellement de gratitude pour cela. Et oui ! J’ai apprécié de sentir mon corps être très clair sur ce qu’il apprécie ou non. Avant, j’étais arrivée dans une zone où quoi que j’ingère « j’encaisse ». C’est donc une belle avancée vers le respect envers moi-même je trouve !

Test du mode «Warrior»

Comme je l’ai évoqué juste avant, j’ai testé si le mode Warrior pouvait être quelque chose qui me convienne. Et en fait non, pas à ce moment là. Au niveau énergie disponible et confort pour mener mes activités, ça n’allait pas. Je dormais mal. J’avais trop d’énergie quand je n’en avais pas besoin et pas assez quand il fallait s’activer. Et pareil que pour les ruptures de jeûne sec qui ont lieu un peu trop tard, je me faisais des repas énooooooormes, je me sentais hyper vorace. Derrière il fallait que je fasse une sieste. Bref, pas le bon équilibre du tout ! J’ai donc abandonné l’idée. C’était juste un peu trop demander à ce moment là… J’y reviendrai peut-être à un autre moment de ma vie.

Dès le mois de septembre, j’ai décidé que le grand jeûne que j’avais dans le viseur pour 2019 aurait en fait lieu en 2018 : pourquoi attendre pour prendre soin de ma santé ? Ce serait donc pour fin octobre, pendant un temps de vacances.

Deuxième conclusion

Quatre mois se sont écoulés depuis mon premier jeûne. Quatre mois de chamboulements intérieurs et extérieurs.

Au fur et à mesure du délestage physique a eu lieu un grand délestage psychique. BLAM ! ZOUIP ! Grands chambardements émotionnels, questions, émotions ont refait surface. Honnêtement, ça a été loin d’être une partie de plaisir.

Physiquement aussi, certains jeûnes ont été plus faciles que d’autres. Parfois, je me sentais d’avoir une activité physique, parfois, j’étais rétamée pendant plus de 24 heures sur le lit. Sachant qu’en général je pose les moments de jeûne comme des moments de repos. Donc même si j’ai une activité physique elle est au service de ma détente. J’apprends à ne rien faire sous la contrainte.

J’ai évoqué plus haut l’évolution de ma relation à la nourriture et le fait que j’ai la sensation d’être plus à même d’accepter certains comportements que j’avais et contre lesquels je dépensais de l’énergie à me battre. Je me sens à ce stade capable de les observer et de chercher de nouvelles perspectives.

20-24 octobre : Les 5 jours

Je m’étais préparée intérieurement à ce jeûne puisque je le voyais noté sur mon agenda à chaque fois que je convenais d’un rendez-vous. J’avais hâte et en même temps, les jours précédents je sentais une certaine appréhension de me confronter à ce défi. Contrairement à d’autres fois, j’ai pris soin de bien me préparer physiquement en allégeant mon alimentation quelques jours avant de commencer.

Au départ l’objectif était d’expérimenter cinq jours de jeûne sec. Finalement, mon jeûne s’est déroulé comme cela : 3 jours en mode jeûne sec strict (sans douche ni brossage de dent). Ces trois jours se déroulent facilement ! J’ai de l’énergie, de l’élan en parallèle de moments de repos. Je célèbre cette première étape : douche et brossage de dent 🙂

Jour 3,5 je sens que ça commence à me titiller un peu de boire. J’y pense beaucoup et je cherche à rassembler de la salive pour avaler des gorgées. En même temps j’ai envie d’aller un peu plus loin que juillet. J’attends donc J4 et je romps en m’hydratant. Je passe J5 en jeûne hydrique.

Cette fois encore, j’ai senti la limite et j’ai sciemment outrepassé le signal. Conséquence, la rupture était « vorace » donc pas forcément la meilleure pour l’organisme. Point positif, j’ai encore appris !

Globalement, ce jeûne s’est bien passé au delà de ce que j’aurais pu imaginer : j’ai eu assez d’énergie pour me balader chaque jour, discuter avec mon cercle proche, être présente aux repas, m’occuper d’enfants en bas-âge, etc. Mon rythme est resté synchronisé avec une activité diurne et un bon sommeil nocturne.

Tout cela me semble tellement loin de la manière dont j’ai vécu mon premier jeûne de cinq jours (cf article). J’ai même eu plaisir à cuisiner pour d’autres, à faire le plein d’idées de recettes à tester pour quand je mangerai de nouveau…

Ce positionnement serein, je me l’explique par l’expérience acquise (je sais que ce n’est qu’un moment et qu’ensuite je vais re-manger, pas de panique !) et par les conditions météorologiques plus favorables (je trouve plus simple avec 15 degrés de moins).

De même, la reprise s’est faite en douceur, je me sentais bien posée, capable de gérer. J’ai eu un regain d’énergie incroyable dans les jours qui ont suivi.

Troisième conclusion, à suivre…

Cela fait maintenant trois semaines que je suis sortie de ce jeûne. Au niveau de l’évolution de la relation à la nourriture, un exemple concret tout frais : j’ai arrêté de considérer une compulsion comme quelque chose de mauvais. Je le prends comme un signe d’un intense besoin qui s’exprime. Par exemple, si je me sens « vorace » par rapport au sucre, je vais m’interroger sur la quantité de fruits que j’ai ingéré dans la journée et chercher à équilibrer, ou si je m’y adonne, j’accepte que ce soit le meilleur moyen que j’ai trouvé pour m’apporter la douceur ou le réconfort dont j’ai besoin.
Comme les autres fois, les prises de conscience qui découlent de ce jeûne ont un impact fondamental dans ma vie. Je me positionne mieux, je m’écoute et prends en compte ce que j’entends à l’intérieur de moi avec plus de facilité et d’aisance. Je communique plus clairement. Je vis les moments inconfortables en recherchant avant tout le service rendu qui se profile derrière. Je distingue mieux les priorités et sait comment les articuler pour servir mon objectif global.

Du coup, j’ai réorganisé mon rythme mensuel, échelonné mes objectifs sur plusieurs années au lieu de tout vouloir atteindre en même temps, et j’ai déjà planifié le prochain jeûne 😉

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